• Exposition de Valérie Mréjen
  • Aiguiser le regard
  • Attiser la curiosité
  • Rendre accessible
-A A +A

« Essayer encore. Rater encore. Rater mieux »

« Essayer encore. Rater encore. Rater mieux »

Xavier Antin, Grégory Buchert, Anna Byskov, Charlotte Charbonnel, Bertrand Dezoteux, Ahram Lee, Gabriel Méo, Simon Nicaise, Julien Prévieux, Vivien Roubaud, Capucine Vever

Exposition collective du 3 décembre 2016 au 12 février 2017

Commissaires de l'exposition : Marianne Derrien & Sarah Ihler-Meyer

La créativité pourrait-elle être un synonyme de sérendipité ?
Inventé au XVIIIème siècle par Horace Walpole, alors inspiré par le conte oriental Les Trois princes de Serendip (1754), ce néologisme, qui passera dans le domaine des sciences au XXème siècle, désigne la capacité de reconnaître et de faire fructifier des découvertes hasardeuses dues à des erreurs, des négligences ou des maladresses. Or, que ce soit dans les domaines de la recherche fondamentale ou de la création artistique, tout processus créatif semble être un cheminement fait d’expérimentations, de tâtonnements, d’imprévus et d’accidents ouvrant parfois de nouvelles perspectives et de nouveaux territoires.

C’est ce dont témoigne un certain nombre de cas historiques : en 1492, suite à une erreur de calcul d’environ 10 000 km, Christophe Colomb découvre deux îles des Caraïbes qui le conduiront à la découverte de l’Amérique ; en 1908, Vassily Kandinsky accomplit son « saut dans l’abstraction » après avoir observé l’un de ses tableaux figuratifs placé à l’envers par inadvertance ; en 1936, Alexandre Fleming découvre la pénicilline après que des moisissures aient malencontreusement contaminé sa culture de staphylocoques.

L’exposition « Essayer encore. Rater encore. Rater mieux » emprunte son titre à Samuel Beckett. Extraite de Cap au pire (1983), cette citation énonce le programme paradoxal de l’écrivain : mettre en crise le langage, faire échouer et bégayer l’enchaînement narratif classique des actions, des moyens et des fins, des causes et des effets. Une stratégie à laquelle font écho les artistes ici réunis, chacun d’eux prenant le parti de l’erreur pour en faire l’horizon et le moteur vertueux de leur travail. Jouant de toutes sortes de ratages, de cafouillages, de dysfonctionnements et de bugs, aussi bien techniques, formels que symboliques, leurs productions témoignent de divers écarts volontaires à l’égard de normes et de conventions prévalant dans le champ social, artistique et scientifique. Dans un monde où les lois du marché et de l’économie imposent des processus de production finalisés et rationalisés, où tout est prévu et programmé à l’avance, où l’échec et l’accident – peu ou prou synonyme de faillite – sont de véritables hantises qu’il s’agit d’éviter, la possibilité de l’erreur créatrice n’est rien de moins qu’une certaine forme de liberté.

 

Can creativity be a synonymy for serendipity? This neologism, coined by Horace Walpole in the 18th century, inspired by the tale Les Trois Princes de Serendip, a 16th century Italian novel, designates, notably, the ability to recognize and nurture haphazard discoveries due to error, accident, or even carelessness. However, whether in the field of scientific research or in artistic creation, all creative processes seem to be a pathway guided by experimentation, unforeseen events, and accidents which sometimes open new perspectives and new territories that should be welcomed and interpolated. Although not all creation is the fruit of error, the possibility of error, which is also, in a sense, a wandering, seems to be one of the conditions necessary for ingenuity. Such ingenuity may lead to an escape from the “known.”

Some historical events are the result of haphazard wanderings: in 1492, after a 10,000 kilometers miscalculation, Christopher Columbus discovered San Salvador and Cuba, two islands which would lead to the discovery of the Americas; in 1908, Vassily Kandinsky accomplished his “jump into abstraction” after having observed one of his figurative paintings inadvertently placed upside down; in 1936, Alexander Fleming discovered penicillin after mold mistakenly contaminated a culture of staphylococcus.

Borrowing its title from a quote from Samuel Beckett’s Worstward Ho (1983), the exhibition “Try again. Fail again. Fail better” articulates the paradoxical program of the Irish author: force language into a state of crisis, make it fail, trouble the classic narrative sequence of events, its means and ends, its causes and effects. This strategy reflects the work of the artists brought together here, each one playing with error in order to open new horizons and drive the integrity of their art. Dealing with every sort of failure, mistake, dysfunction and flaw – as well as implementing formal and symbolic techniques – their productions bear witness to voluntary deviations from social, artistic and scientific norms. In addition to revealing the essential springs of artistic inspiration, the stakes are also political. Indeed, in a world where market forces impose a rational and controlled process of production, where everything is planned in advance, mistakes and accidents are considered failures which must be avoided at all cost; the possibility, then, of creative error allows for nothing less than a certain form of freedom.

 

Doc à télécharger